Ce que le blackout ibérique nous révèle sur la résilience du réseau
Le 28 avril 2025, la péninsule Ibérique a connu une panne d’électricité majeure. L’incident a débuté à 12h33 (CET) et a entraîné des coupures durant plusieurs heures.
En attendant les conclusions officielles de REE (Red Eléctrica de España) et d’ENTSO-E, nos experts en flexibilité chez Energy Pool partagent leurs premières analyses, fondées sur les informations disponibles à ce jour.
Ce que l'on sait : 12h33, 48 Hz et effondrement en 3 secondes
Chute de fréquence à 48 Hz : trop rapide pour la réserve primaire FCR
Entre 12h33m18s et 12h33m21s, la fréquence du système électrique ibérique est tombée à 48,0 Hz, provoquant l’effondrement du réseau en moins de trois secondes [1].
C’est extrêmement rapide — même pour un service aussi réactif que la réserve primaire (Frequency Containment Reserve – FCR), qui impose une activation complète en 30 secondes. Certains actifs peuvent réagir plus vite, mais cet événement a largement dépassé ce que ces mécanismes sont conçus pour gérer.
Ce que cela révèle : inertie électrique, FFR et interconnexions
Inertie électrique faible : FFR en 1 seconde vs FCR en 30 secondes
L’inertie, générée par les machines tournantes comme les turbines, ralentit naturellement les variations de fréquence. Lorsqu’elle est faible, la fréquence peut chuter très vite en cas de perturbation, réduisant drastiquement le temps de réaction disponible.
Certaines régions comme les pays nordiques ou l’Australie ont déjà mis en place des mécanismes de Fast Frequency Reserve (FFR), capables de répondre en une seconde — bien plus vite que les réserves classiques. Ces dispositifs s’appuient notamment sur le stockage d’énergie (BESS) et la flexibilité de la demande pour fournir une réponse ultra-rapide.
Ce nouveau contexte appelle aussi des investissements dans des équipements capables d’apporter de l’inertie, réelle ou synthétique : volants d’inertie, condensateurs synchrones, batteries (BESS) ou électrolyseurs. Au-delà de leurs usages principaux, ces actifs peuvent aussi contribuer à la stabilité du réseau.
Chez Energy Pool, nous travaillons déjà sur ces sujets. Au Japon, nous exploitons des électrolyseurs PEM soumis à une exigence de réaction en moins de 10 secondes — soit trois fois plus rapide que les standards habituels en France. Nous pensons que ces actifs ouvrent la voie à des services de réserve encore plus dynamiques.
Interconnexions électriques européennes : limite face aux événements extrêmes
À 12h33m21s, les interconnexions avec la France et le Maroc ont été automatiquement coupées pour éviter une propagation de l’incident, ce qui a malheureusement accéléré l’effondrement du réseau.
Le maillage européen est une force pour la stabilité électrique, mais face à des événements extrêmes, il est essentiel de renforcer la résilience locale.
La flexibilité de la demande : une solution disponible et souveraine
La flexibilité de la demande est une ressource locale, mobilisable rapidement à partir d’infrastructures existantes. Elle permet :
- D’agir directement sur la stabilité du réseau électrique via des actifs très réactifs (comme les BESS ou les électrolyseurs),
- De renforcer indirectement l’inertie grâce à un pilotage optimisé des centrales à gaz flexibles (CCGT).
C’est une solution mature, rapide à déployer, et facilement scalable.
Forts de ces constats — et avec l’humilité que nous impose l’ampleur de cet incident — nous poursuivrons nos échanges avec les acteurs du système pour formuler, d’ici la fin de l’été, des propositions concrètes en faveur d’un réseau européen plus résilient.
Vous opérez des actifs flexibles (BESS, électrolyseurs, CCGT) et souhaitez contribuer à la résilience du réseau électrique ? Échangez avec nos experts Energy Pool sur les services de réserve.