Merit order : comprendre la formation des prix de l’électricité en Europe
La hausse récente des prix SPOT de l’électricité en France (+46 €/MWh en mars par rapport à février 2026) illustre la rapidité avec laquelle les tensions géopolitiques sur le marché du gaz se répercutent sur les marchés court terme.
L’impact sur le long terme dépend directement du niveau de dépendance d’un système électrique au gaz. À ce titre, la France, contrairement à certains pays d’Europe de l’Est ne subit que des perturbations de prix sur les marchés court terme.
Le merit order au cœur de la formation des prix
Au sein de l’Union européenne, le prix de l’électricité est déterminé selon le principe du merit order, également appelé principe du prix marginal.
Ce mécanisme repose sur une logique simple :
la dernière unité de production appelée pour satisfaire la demande fixe le prix de l’électricité sur le marché.
Ce modèle est au centre des discussions européennes depuis le sommet de l’industrie à Anvers mi-février.
C’est donc dans ce cadre que la Commission européenne, Eurelectric1 et plusieurs associations nationales, telles que l’UFE2 en France et la BDEW3 en Allemagne ont rappelé qu’un marché basé sur la tarification marginale présentait de nombreux avantages parmi lesquels :
sécurité d’approvisionnement
transparence des prix
incitation à l’investissement
équilibre optimal entre l’offre et la demande
maintien d’un signal prix
optimisation des interconnexions
Fonctionnement du merit order
Le merit order consiste à mobiliser les moyens de production par ordre croissant de coût afin de répondre à la demande d’électricité : énergies renouvelables, nucléaire, gaz puis charbon. La dernière unité appelée détermine le prix de l’électricité (en €/MWh).
Dans les périodes de forte consommation et de faible production renouvelable (solaire et éolienne), les centrales à gaz sont généralement les dernières sollicitées.
Effets sur la volatilité et opportunités associées
Dans ce contexte, la hausse des prix du gaz liée à la guerre en Iran a mécaniquement entraîné une augmentation des prix SPOT de l’électricité, notamment en dehors des heures de forte production solaire.
Cette hausse s’est accompagnée d’une augmentation de la volatilité intrajournalière des prix. Cette situation a généré davantage d’opportunités pour :
les consommateurs flexibles
les marchés de réserve et d’énergie (aFRR énergie, Mécanisme d’Ajustement, IntraDay)
les batteries, ces dernières ayant capté en moyenne 130 €/MWh par jour sur un spread horaire en mars, contre 84 €/MWh en février sur le marché SPOT.
Évolutions envisagées au niveau européen
Sans remise en cause du merit order, plusieurs mesures sont envisagées par les institutions européennes afin de limiter l’impact de la hausse des prix pour les consommateurs.
Les conclusions du Conseil européen des 19 et 20 mars sont les suivantes :
mettre en place rapidement des mesures temporaires ciblées
augmenter la réserve de stabilité du marché carbone afin d’accroître le nombre de quotas en circulation et de réduire le prix du CO₂
évaluer, d’ici juillet 2026, le marché carbone européen (SEQE) afin de limiter la volatilité et son impact sur les prix de l’électricité
adopter une réglementation ambitieuse pour les réseaux afin de développer les infrastructures, d’accélérer les procédures d’autorisation et de renforcer les interconnexions
accélérer l’électrification de l’économie européenne
[1] Association européenne représentant les intérêts de l’industrie électrique
[2] Union Française de l’Electricité ; association représentant les intérêts de l’industrie électrique en France
[3] Association représentant les intérêts de l’industrie électrique en Allemagne